Commençons par le début.

Chienne de vie, je t'aime!

Mon ami Robert

La vie de Robert commença à sept ans lorsqu'une "2 chevaux camionnette" s'arrêta devant l'école. Une dame vint le chercher avec sa mère. Arrivé devant la voiture, il vit ses soeurs et son petit frère assis dans le véhicule. Pourquoi pleuraient-ils? Il ne comprenait pas pourquoi sa mère pleurait. Ce n'était, pour lui, que la perspective d'une ballade en "auto".
Il pensa qu'elle était en manque. Manque de ses litres de vin. II est vrai qu'elle avait beaucoup soif pour boire cinq, six litres de vin chaque jour. Beaucoup soif au point d'en oublier à nourrir ses petits.
Il se serra contre ma mère en lui disant:
"ce n'est rien maman", Puis monta dans la voiture en faisant le signe "au revoir" à sa mère, La voiture se mit en route et entendirent leur mère crier: "je viendrai vous voir à Noêl".

Robert n'aimait pas Noêl; deux ans auparavant, il avait pris une raclée parce qu'il avait voulu laver la poupée de sa soeur ainée. Il est vrai que cette poupée était en carton pate.

La voiture, après deux heures de route, s'arrêta devant une grande porte qui ressemblait à une porte de château. La porte s'ouvrit et laissa voir une petite église sur la gauche et de grands batiments juste en face.
Une autre dame vint à leur rencontre, prit la main de Marie, c'était l'ainée et l'entraina vers un des batiments, il se dirigea avec l'autre dame vers la batiment de gauche. Ils entrèrent. Mon ami fut envahi d'une immense joie. Un réfectoire avec une cinquantaine de gamins qui mangeaient en silence. Il avait la dalle; en quatre jours, Robert n'avait eu qu'une boite de "blédina" pour seul repas. Mais sa joie fût de courte durée quand une matronne arriva sur lui et, que, de sa bouche édentée, sortit le mot "douche".
Pour Robert se fût un calvaire. D'une, la douche, Il ne connaissait pas; deux, il y avait longtemps qu'il avait oublié ce qu'était un savon de marseille.
Ensuite, la matronne lui donna de "beaux" habits: Un béret, slip, culotte courte, chemise, veste, blouse et des galoches.
Bon, d'accord, ça manquait de couleur, à part le slip blanc, tout était gris mais mon ami était fier comme un pape.
Combien de temps était-il resté dans ce foyer de la DASS? Cinq, six mois? Qu'importe.Vint le jour où on l'habilla de pieds en cape, toujours en gris mais avec des habits neufs.
Qu'est ce qu'on lui avait mis sur les cheveux? Un truc gras et le "coiffeur" lui avait fait une superbe raie sur le coté. Robert était bo comme un tracteur.
On le guida vers un petit batiment qui se trouvait près de "la porte du château" . Avec joie, il retrouva, son petit frère, Titi et ses soeurs. Une dame leurs expliqua que des gens allaient venir, qu'il fallait être poli.
Robert se demandait bien quelle pouvait être la surprise.Sa mère?
Son coeur se mit à battre très fort; son espoir se transforma en eau de boudin lorsqu'il vit entrer des "vieux" de 35, 40 ans.
Les couples se dirigèrent vers mon ami et ses soeurs; de cette fratrie, seul Titi avait le plus de succès; normal, c'était le petit.
Robert et ses soeurs riaient bêtement comme la dame leurs avait demandé.
Une dame parla à la directrice qui fit signe à mon ami et à ses soeurs de les suivre dans le bureau.
Après des palabres, ils partirent tous ensemble dans une "Juva 4".
Robert regardait partout, il regardait droit dans les yeux, la dame, le monsieur tandis que ses soeurs baissaient les yeux.Elle leurs dit:
"je suis votre nouvelle maman." Mon ami explosa et, en tapant du pied, il toisa la dame en rétorquant:
"j'ai déjà une maman!", Il prit la première baffe d'une longue série.
Son nouveau "papa" lui fit visiter sa ferme en lui expliquant qu'il allait travailler avec lui, pas ce soir mais dès demain.
Les années passèrent. Entre l'école, les travaux à la ferme mon ami n'avait guère le temps de penser à sa mère si ce n'est qu'à Noêl, il pleurait toutes les larmes de son corps en pensant à cette promesse.Durant son adolescence le besoin de sa mère se fit ressentir de plus en plus fort.Il en parla à sa "nouvelle maman". La réponse fut cinglante:
" c'est elle ou moi".
Robert n'a jamais su fermer sa gueule, il répondit:
"alors ça sera elle".
Elle lui répondit que sa mère les avait abondonnés.
Mon ami eut une pensée qu'il chassa très vite: Et si c'était vrai?
Il venait de déclencher une guerre sans merci. Il avait tout contre lui, sa nouvelle maman et ses soeurs.Qu'importe, mon ami est un teigneux, il fit face. Au bahut pas de problème, Robert avait de grandes facilités, il n'ouvrait jamais un bouquin en dehors des cours.A la ferme, pas de souci, il se levait à 4 heures pour les travaux et, dans l'ensemble, il s'entendait bien avec son "nouveau papa" .Une fois à la maison, c'était autre chose, les raclées tombaient pour n'importe quel prétexte. Mon ami ne bronchait pas sous les coups.
Pas un cri, il toisait sa "maman"; si le balai cassait,elle prenait le petit morceau. Puis un jour, mon ami a dit: "ça suffit!"en attrapant le poignet qui se levait pour le frapper. Dans ses yeux sa "maman" a vu qu'elle ne devait plus recommencer.
Quelques années plus tard, le désir de retrouver sa mère le tenaillait toujours. Robert décida de prendre les choses en mains et écrivit à toutes les mairies des villes dont il se souvenait.II s'impatientait mais il fallait bien laisser du temps au temps.
Quelques mois plus tard, alors qu'il était soldat, mon ami reçu une lettre.Il avait l'adresse de sa mère.
Robert écrivit à sa mère, lui disant qu'il était son fils, comme si on pouvait oublier cela.
La réponse arriva sans trop tarder et son bonheur était immense. Sa mère l'attendrait à la gare de Creil.Il ne tenait plus en place; il attendait sa permission pour la fin de la semaine.
Tant de choses se bousculaient dans sa tête, tant de Questions, il y avait tant de frustrations dans sa petite vie. Il y avait tant d'insultes, aussi bien par ses camarades d'école que de sa "nouvelle"maman". Il s'était tellement battu dans la cour de l'école pour faire taire le mot "bâtard" de la bouche de ses camarades.
Robert se moquait de tout cela, il était à deux doigts de toucher son rêve.
Il avait dans sa tête l'image de sa mère, une belle femme brune, mince, avec de longs cheveux bruns. pour un enfant, qu'il ait 7 ans ou 19 ans, sa maman est toujours belle.
Mon ami mit son plus beau costume; il faut dire qu'à cette époque, les militaires n'avait le droit de se mettre en "civil" qu'à partir de sous officier.
Il arriva comme convenu à la gare de creil.
Ses yeux ballayèrent le hall de gare, il ne voyait pas sa mère; pas grave, elle était en retard tout simplement.Il patienta pendant plus d'une heure, puis se dirigea vers la sortie avec la ferme intention de faire du stop pour retrouver sa mère, il n'allait pas jeter l'éponge, ce n'était pas son genre. Arrivé sur le trottoir, Robert chercha sur les panneaux la direction de précy sur oise; rien; ça devait être un bled ravitaillé par les corbeaux.
Qu'importe, il aborda une femme qui attendait sur le trottoir:
"Bonjour, Madame, est-ce loin Précy/oise?" "Non, pourquoi, lui répondit-elle?" "Ma mère habite ce village, elle devait venir me chercher mais je ne la vois pas".
La femme regarda mon ami avec insistance et lui demanda:
"C'est toi Robert?" "Oui, lui répondit-il " Robert avait l'impression que le ciel lui tombait sur la tête.Qu'espèrait-if? Que ses rêves de retrouvailles se réaliseraient?
Qu'importe, mon ami connaissait les réalités de la vie. Il entraina sa mère à la terrasse du café de la gare et lui offrit un café.
Sa mère se mit à pleurer.
"Pourquoi pleures-tu, dit Robert? Tu n'es pas heureuse de me retrouver?".
"Si, lui répondit-elle mais j'ai une petite fille, Christine".
"Pas grave, elle sera ma ptite soeur".
Sa mère se remit à pleurer de plus belle. Il regarda sa mère, essaya de comprendre pourquoi elle se mettait dans cet état. Etait-ce la joie qui lui faisaient verser tant de larmes?; De ses yeux pleins de tendresse,il prit la main de sa maman et lui dit:
"tout va bien, maman".
Mais sa mère pleurait toujours. Elle lui dit:
"Je dois t'avouer une chose".
Mon ami avait connu plusieurs femmes dans sa vie de jeune homme et pensait que plus rien ne pouvait le surprendre.Il avait été souvent le complice, le confident de ces femmes; pourquoi pas un aveu de sa mère.
"Oui, maman." "Mon mari ne sait pas que j'ai eu quatre enfants".
Robert se sentit devenir blanc comme un linge. Il regarda sa mère comme il s'il regardait une chose.Toute son enfance, toute sa guéguerre avec sa "nouvelle maman" défila dans sa tête.
Il avait été renié, Il se leva. Il eut un rire qui n'en était pas un. Un rire qui venait de l'enfer.
Il comprit un peu plus tard que ce n'était pas lui qui riait, c'était la vie qui se riait de lui.
Robert laissa sa mère et partit vivre sa vie. Il avait su; il avait trouvé; il avait voulu.Même s'il n'avait pas trouvé ce qu'il avait voulu, il avait été au bout. Fidèle à lui même.
En montant dans le train de Paris, il se retourna une dernière fois et dit:
Chienne de vie, je t'aime!
Dans le train, les propos de sa mère repassaient, en boucle, dans sa tête. Chaque mot était disséqué pour y trouver, de l'amour, de la tendresse. Les larmes de sa mère étaient-elles l'expression: d'un remords, d'une demande de pardon?
Soudain, une phrase lui revint en mémoire: "c'est la faute de ton père!"Il se promit de le retrouver.
Il s'est souvent demandé pourquoi jugeait-il sa mère? Au nom de quoi?
De sa morale, de sa souffrance?
Robert eût un sourire cynique. Parlons en de sa morale. Avec la vie qu'il menait sa morale n'en menait pas large. Les femmes défilaient dans sa vie qu'il brûlait par les deux bouts.Il n'avait aucun respect, ni pour les églises, ni pour les ascenceurs, ni pour les portes cochères et encore moins pour les poubelles. (Il faisait l'amour partout)
Sa souffrance?

Cette lame qui tournait doucement dans la plaie de son coeur. Son premier amour défiguré par un oeil crevé, son premier amour les jambes en angle droit, son premier amour avec une fracture du rocher, son premier amour lui disant, juste avant de s'éteindre: "tu n'as rien mon ange?" Robert avait 16 ans et demi, Marie-Gabrielle 19 ans au moment de l'accident. Ils s'aimaient d'un amour fusionnel. Pas besoin de parler, ils devinaient le moindre mot, le moindre désir, la moindre pensée de l'autre. Lui, qui récitait du Verlaine, de l'Appolinaire et tant de poèmes qu'il faisait siens. Ils se moquaient de tout ce que pouvait dire le monde autour d'eux.lls croquaient la vie à pleines dents.Robert sourit avec tendresse quand il y pense; ils avaient commencé à préparer leur trousseau.

Robert aurait tout pardonné à sa mère; la prostitution pour nourrir ses enfants, le vol, la prison. Tout, sauf ça. Un enfant, dans la vie d'une femme peut être un accident mais quatre?Peut-on renier ses quatre enfants?
De retour dans son unité, Robert lança les recherches pour retrouver son père. Ses derniers souvenirs d'enfant, avec lui, se situaient à coté de Montmarte.
Il n'avait jamais eu le besoin de retrouver son père. II se souvenait des bagarres entre son père et sa mère; les gifles, la cafetière qui vole, une moto, une traction. Il n'avait rien pour son père, rien, aucun sentiment affectif, mais tout pour sa maman. Il ne se souvenait plus de son visage, il se souvenait que son père était grand, fort, mais pour un enfant qu'est ce que cela veut dire?
Sa hate de savoir fut récompensée au delà de ses espérances. 15 jours, 16 exactement et il avait retrouvé son père. II habitait Paris.
Robert n'avait pas envie d'écrire à son père; pour lui dire quoi? "Je suis ton fils"Non, pas question.
Il écrivit à sa mère en lui demandant d'organiser une rencontre. Son père décida que la rencontre se ferait chez lui. Il attendait Robert juste devant son garage, derrière la gare de l'est. Mon ami n'était pas impressionné par ce grand garage. Il regarda son père droit dans les yeux sans tendre la main et le salua d'un "bonjour" .C'est vrai qu'il est grand et fort se dit Robert. II refusa poliment la visite proposée du garage. Sa mère arrivait.
Son père les fit monter à l'appartement servit un apéritif, un tini pour Robert et après quelques banalités sur sa vie, il les fit passer à table.
Le repas se passa sans encombre, mis à part quelques "vérités" lancées à la tête de chacun.
Robert croisa plusieurs fois le regard de son père. Ce dernier lui fit cette remarque:"Si jeune et déjà le regard si dur".
"On a le regard que l'on a, lui dit-il".
Tout s'accéléra lorsqu'ils les fit passer au salon pour le café.
Suite à une joute oratoire, son père repprocha à sa mère une "tromperie" . C'est à ce moment là que Robert posa la question qui déclencha tout.
"Que s'est-il passé pour que vous en arriviez là?"
Il vit, de la rage, du mépris dans la réponse de son père:
"ça ne te regarde pas, tu n'es qu'un bâtard."
A ces mots, le sang de Robert ne fit qu'un tour, Il attrapa la cravate de son père, au travers de la table, tira de toutes ses forces, lui donna un coup de boule en plein visage; il fit le tour de la table et continua à le frapper, frapper;
quelque chose avait craqué sous ses poings. Robert regarda ses poings, ils étaient en sang. Il retira le sang avec une serviette de table, ce n'était pas le sien.
Robert n'avait plus rien à faire ici, il termina son café puis tout en enfilant sa veste, il fit un baiser sur le front de sa mère et se dirigea vers la porte lorsque son père balbutia un"attends" en farfouillant dans sa veste. Il sortit son carnet de chèque, en détacha un après l'avoir rempli et lui tendit. Robert remarqua que sa science du combat apprise dans sa vie et dans son unité laisserait des traces. Il prit le chèque, jeta un oeil sur le montant, c'était énorme pour cette époque. Avec un sourire de dédain, il déchira le chèque en plusieurs morceaux à la face de son père.Il partit.
Maintenant, il savait. Robert avait bu le calice juqu'à la lie mais il savait.
Il tourna cette page de sa vie.
Il n'avait pas pu, su, voulu pardonner.
La vie ne pardonne rien.
Chienne de vie, je t'aime!


Que je vous avoue une chose, cette histoire est ma vie. Pourquoi avoir choisi de la mettre à la 3ème personne? Par pudeur, je pense.
Et si une personne vient me bassiner avec des:
"oh làlà, quelle vie!"
Je lui mets des baffes.
Hélàs, il y a pire que ma vie.
Pour tout cela, je dis que je suis riche de cette expérience


François feldman-petit Franck

# Posté le samedi 31 mars 2007 01:37

Modifié le samedi 26 juillet 2008 12:46

Mes amours

Dans l'article précédent, j'ai parlé un peu de Marie Gabrielle.

Nights in white satin.Moody Blues


Elle est ma référence du bonheur.
Ma référence du malheur.

Mon premier amour d'adolescent.
Je ne parle pas d'amourette, non je parle de ce sentiment qui vous met la tête à l'envers, de celui qui vous met le coeur en surtension.
J'avais 16 ans et demi. Les bruits de mai 1968 se dissipaient et nous avions repris les cours entrecoupés par
le recit de nos exploits durant cette période. Je n'avais pas fait grand chose, juste me faire virer du lycée pour avoir piqué la clé du portail chez la Directrice et pour avoir ouvert aux manifestants.
Ce changement de lycée a fait que je quittais aussi mes copines de jeux , mes copines de la banquette au fond du car de ramassage scolaire.
J'étais un bon joueur de hand. Nous venions de disputer un match et les potes et moi-même étions dans le vestiaire à discuter de nos actions de jeu. Je me mis tout nu et alla prendre ma douche.Du savon plein les yeux, j'entendis:
" Bravo Fanfan, tu as fait un super match!"
D'un seul coup, je réalisais que c'était la voix d'une fille. J'essuyais le savon que j'avais dans les yeux et lui dit:
" ben dis donc, tu t'emmerdes pas à entrer dans les douches des mecs"
Elle eut un grand éclat de rire.Elle me rétorqua qu'elle en avait vu des kilomètres.
Pas pudique pour un sou, je le suis plus avec les sentiments, je continuais ma toilette devant cette fille.
Je crois que j'ai été, avant toute chose, amoureux de son rire.
Dans le car qui nous ramenait, elle était assise à l'avant, moi au fond sur la grande banquette avec mes potes. J'ai été la chercher, je lui ai pris la main, elle se laissa faire. Je virais un de mes potes de la banquette et elle prit place à mes cotés. Je me tournais vers elle et la regardais, elle était belle, brune, de longs cheveux avec une mèche arrondie sur le front. Des lèvres qui donnaient envie d'embrasser. Dans son visage, un seul défaut tout mignon, elle avait un petit nez. Avec cette remarque, j'ajoutais:
" ça t'apprendra à coller ton nez sur la vitre des douches des garçons!"
Elle partit d'un rire mais d'un rire, je l'entends encore même à 55 ans.
Il était communicatif.
Elle me dit qu'elle s'appellait Marie Gabrielle mais que les gens, qui l'aimaient , l'appellaient:"Biou".
Lorsque je fus arrivé à mon arrêt de bus, je pris mon sac, fis la bise aux copines et vola un baiser à Biou.
Je ne sais si ce baiser volé en était la cause mais j'étais dans un état second. je n'arrêtais pas de penser à cette fille. Cette nuit là, j'ai "entendu" sa voix, elle m'appelait.
Cette nuit là, j'ai très mal dormi, je me suis levé une heure plus tôt, à trois heures du matin au lieu de quatre pour soigner les bêtes de la ferme.
A six heures, je pris mon bain, déjeunai et fis les quatres kilomètres à pied pour la retrouver.
Je ne me posais pas de question. Je savais qu'elle m'attendait. Je l'entendais me parler, tout en marchant, je lui répondais.
Je crois que je n'ai jamais marché aussi vite. Biou venait à ma rencontre.
Notre étreinte fut violente et douce à la fois.
Pendant, un an, nous ne nous sommes plus quittés.
Des années après sa mort, je ressentais encore son corps contre le mien.
Les témoins ont dit que c'était moi qui avais sorti les blessés, je ne m'en souviens plus. je me rappelle seulement cette image de ce beau corps abimé, de ses derniers mots:
"Tu n'as rien, mon ange".
Pendant des mois, enfermé dans un mutisme et dans ma chambre, je ne voulais voir personne. Pour seule compagne, "notre" chanson: "nigths in white satin" des Moody blues.
J'écoutais mon ventre mais je n'entendais plus sa voix.
Souvent, je me suis demandé pourquoi ne suis je pas mort à sa place?
Souvent, je me disais que je l'avais idolâtrée.
Souvent, je me disais que cet amour fusionnel n'aurait sans doute pas duré.
Sois en paix, Biou, je ne t'oublierai jamais.

Un jour, je me suis levé; après m'être lavé et habillé je pris la route sans dire au revoir à qui que ce soit.
8O kilomètres à pieds, direction Paris. Pourquoi Paris, peut être parce qu'enfant j'y avais vécu. Je ne sais pas.
J'étais parti avec un billet de cinq francs, un victor Hugo.
Je suis rentré dans un café, plusieurs clients, des femmes habillées assez court. Mais pour moi, ce n'était que des ombres.
Après avoir commandé un café, je me dirigeais vers le juxebox. Il y avait notre chanson. Je mis une pièce; les premières notes de musique m'emportèrent loin très loin lorsque une femme vint vers moi et me dit quelque chose. Je ne l'ai pas regardée, juste vue dans la vitre de l'appareil.
" casse-toi" fut ma réponse.
Elle a insisté, prit mon bras en me disant:
"Tu as une sale tête, tu as faim?
Je n'avais rien mangé depuis deux jours. Je suis resté avec cette femme qui était très douce durant quelques mois et je suis parti, sans dire au revoir, avec en poche mes papiers pour entrer dans la marine.
Des femmes, j'en ai aimé beaucoup. Certaines pour une nuit, pour un mois, pour un an, pour dix ans.
En fait, je fuyais. J'avais dressé des murs de béton autour de mon coeur. J'aimais ces femmes sans m'attacher.
J'ai toujours été attiré par l'informatique mais mon restaurant et les travaux à la maison ont retardé l'achat d'un ordinateur.
Lorsque je me suis séparé de ma compagne, je me suis offert un ordinateur, un scanner, une imprimante et internet.
Je n'y connaissais rien mais comme je suis un passionné, j'apprenais très vite.
Internet n'était pas en illimité en 1998, j'avais pris un forfait de 100 heures. Forfait consommé en deux semaines. Les notes étaient salées. Je me retrouvais avec des factures de 3700 frs d'internet.
Si vous saviez comme je m'éclatais.
On en a eu des fous-rires dans CDM, des nuits entières, des nuits à ne pas voir l'heure, des nuits à se dire :
" merde, dans vingt minutes, je dois bosser!"
Nous étions toute une bande.
Je ne citerai personne de peur d'en oublier.
Un jour, j'ai osé regarder derrière le miroir.
J'ai osé regarder pour comprendre les rires de ces personnes. Ces éclats de rires qui ne sont que des masques.
J'y voyais la douleur, les blessures de leur vie, leur mal-être, leur soif de vie.
J'ai eu peur. Oui, peur de constater que j'étais un instinctif. Cette particularité de l'animal.
Je sentais, ce que j'appelle, les mensonges de convenance, je sentais ce qu'ils cachaient.
Je ne jugeais pas, j'essayais de comprendre.
Un jour, une personne ne fut pas au rendez-vous quotidien du net. Tout un week-end.
Je ressentis un manque.
"Un seul être vous manque et tout est dépeuplé".
Je lui envoyai une carte lui disant:
"tu me manques".
Il n'y a jamais eu de drague entre nous, non, jamais.
J'avais regardé derrière son miroir.
A son retour des baux de Provence, nous avons parlé. Nous nous sommes ouverts notre coeur, laissant l'autre entrer dans notre jardin secret.
Nous passions des heures et des heures à nous parler. On quittait le net pour se retrouver au téléphone .
Nous étions amoureux.
Cela me faisait peur. Je revivais ce que j'avais vécu.
Je la "sentais"avec mon ventre.
Mamans que vous êtes, lors de la naissance de votre enfant, ne l'avez vous pas entendu pleurer ou vous réclamer même loin de vous?
Je revivais un amour fusionnel.
Je n'ai pas tenté de fuir. Malgré les conseils des "amis", j'ai suivi mon coeur et non la raison.
Je voulais être heureux.
Lorsque je prenais son visage entre mes mains, mes yeux plongeaient dans ses yeux noisettes; des doigts, j'essayais de remonter sa mèche aux reflets roux. Ses yeux me disaient:" je t'aime".
Nous avons vécu une passion que je souhaite à tous les amoureux de connaitre.
Rien n'avait d'importance si ce n'est "nous".
J'ai tout quitté, travail, amis pour venir la rejoindre.
Certains me disaient que j'étais fou à cinquante ans de repartir à zéro. Je me sentais fort de notre amour.

Nous nous sommes mariés, pour le meilleur et pour le pire.

L'amour est toujours là, elle m'aime à sa façon. Moi, j'ai toujours cet amour fusionnel, un amour sans partage.
Je reconnais que tout ressentir doit être asphyxiant pour l'autre. Mais je n'ai pas choisi d'être ainsi.
Je ne veux pas détruire tout ce qui a fait que je fus heureux avec elle.
Certains me diront, c'est une fuite en avant, encore une fuite.
Peut être, mais nous nous séparons pour ne pas nous haïr, pour garder ce qui fut beau.
Je suis de ceux qui ne courent plus après des chimères.

Je ne veux plus souffrir.

A ceux qui ne comprennent pas, je dis simplement; si un jour vous avez un amour fusionnel , alors, fuyez.
fuyez.
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Je tiens à préciser que ces écrits dâtent et que certaines choses n'ont plus cours.

Grand corps malade

# Posté le lundi 09 avril 2007 21:52

Modifié le mardi 06 mai 2008 21:49

Toi, mon double

Que tes nuits soient douces comme elles le sont pour moi.
Imaginer que tu t'endors tout contre moi, dans mes bras est la plus belle des images pour trouver un sommeil apaisant.
Imaginer que tu t'endors allongée de tout ton corps contre moi.Ta douceur et ta tendresse est ma plus belle satisfaction.
Imaginer mes lèvres embrassant tes cheveux en te disant les mots que je n'ose dire tout haut.
Imaginer que le sourire que tu m'offres est le sourire de ton âme enfin apaisée.
je suis là, serre moi fort dans tes bras.
Même si j'ai peur en disant cela: j'ai besoin de toi. Je te le dis haut et fort et ce dans toute la nudité d'un homme qui porte toutes les blessures de sa vie.
Je t'ouvre mon coeur, ce jardin secret que je veux tant protéger.Je le fais avec confiance et sérénité.
Je ne cherche pas l'aventure, je te cherche toi.
Que serai-je demain?
Je n'en sais rien. Je veux vivre l'instant où je suis tien.
le vivre avec intensité avec toute la tendresse qu'un homme et une femme puissent donner.
Dors, ma chérie, dors, que ta nuit soit douce.
Mille douces caresses.


# Posté le jeudi 30 août 2007 09:44

Modifié le jeudi 03 juillet 2008 12:49

Massage. Pour toi mon double.

Massage. Pour toi mon double.
Massage,


Tu es allongée, nue, sur le lit. Tes bras serrent l'oreiller. Ta tête sur le coté.
J'admire le galbe de tes jambes, la rondeur de tes fesses, tes hanches de femme,ton dos, tes épaules, ton cou, la racine de tes cheveux sur ta nuque, tes lèvres entrouvertes sur ta bouche en attente.

Mes yeux caressent ton corps.
Tu le ressens.

Un frisson traverse ton corps pour finir au creux de tes reins.

Je réchauffe la petite bouteille d'huiles essentielles entre mes mains.
J'en verse un peu dans le sillon de ta colonne vertébrale.
Je suis son cheminement vers tes reins.
Mes mains se posent sur ton dos.
Je t'enduis le corps de cette huile précieuse.
Je te masse les pieds, doucement mais avec fermeté.
Je te masse chaque doigt de pied en tirant dessus légèrement.
Mes mains remontent sur tes chevilles, sur tes mollets, je m'attarde quelques instants derrière tes genoux.
Mes pouces sont à la fois doux et fermes pour faire rouler tes muscles entre mes doigts.
Je remonte sur tes cuisses, une main chassant l'autre.
Je sens ton corps se détendre, tes jambes s'ouvrent à mes mains.
Mes doigts se font caresses quand ils effleurent ton sexe.
Mes mains se posent en coupe sur tes fesses.

Tant d'idées se bousculent dans ma tête. Mon corps se gonfle de désir.
J'ai envie de toi.

Je me mets à califourchon sur tes cuisses.
Mon sexe posé sur le sillon de tes fesses.

Je te masse le bas du dos d'un mouvement circulaire.
Tu as mal à cet endroit, je sens sous mes mains le muscle contracté.
Je remonte sur tes lombaires, tes omoplates, tes épaules, ton cou.

Ta bouche m'attire, mes lèvres vont chercher les tiennes....
Elles se parlent. Se disent leurs désirs, se font l'amour.
Nos langues dansent sur nos « je t'aime ».
Nos mains se cherchent, nos doigts s'enlacent et se serrent.
Tu te cambres en sentant mon désir contre tes fesses.
Tu t'ouvres à moi , mon sexe caresse ton intimité, juste un contact léger de mon gland sur tes lèvres. Je reste ainsi quelques instants, ma bouche dans tes cheveux.
Puis je fonds en toi, doucement, comme pour profiter de chaque millimètre de toi. Doucement je plonge en toi.
Nous restons ainsi, soudés l'un à l'autre.
Je voudrais arrêter l'instant et ne jouir que du présent.

# Posté le dimanche 04 novembre 2007 21:25

Modifié le vendredi 27 juin 2008 14:42

Toupie

Aimer l'autre c'est aussi lui apprendre ce que l'on sait.
Dans un bruit de lunettes cassées, elle m'apprend à conjuguer le présent.
Je tourne, tu tournes, il ou elle tourne, nous tournons, vous tournez, ils ou elles tournent.
Mais je n'ai pas bien compris, il me faudra d'autres cours.
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# Posté le dimanche 04 mai 2008 05:34

Modifié le jeudi 03 juillet 2008 12:55